It's a cold and it's a broken hallellujah
9ième partie
Rosse s'éloigna vivement, il sauta même hors du lit. Deux minutes plus tôt, il embrassait… sa.. demi-sœur?
"C'est juste dégoûtant, se dit-il, je dois quitter cet endroit."
Il voulut sortir de la maison où Nayra habitait seule, mais elle le rattrapa et lui jeta un sort qui le projeta par terre.
- Tu restes ici! Tonna la fée. Tu devrais savoir que parce que je suis une fée déchue, nous n'avons pas de lien de parenté réel.
- Mais reste que nous avons la même mère… !
- Je t'assure, Rosse, ce que nous faisons n'a rien à voir avec de l'inceste.
Rosse se remit sur pied et prit une bouffée d'air.
- Laisse moi réfléchir, je t'en prie, dit-il. Une heure.
Nayra le conduit dans une grande chambre somptueuse. Rosse se laissa tomber sur le lit. Voilà pourquoi Nayra lui rappelait tant Aryan.. elles étaient sœurs, et on aurait pu croire qu'elles étaient jumelles tant elles se ressemblaient.
"Peut-être que j'ai juste une forte attirance envers les DeTyroma, ironisa Rosse pour lui-même, ça expliquerait des tas de choses."
Les yeux de l'elfe errèrent en direction d'une feuille de parchemin, posée près d'une plume et d'un encrier. Peut-être que si il réussissait à trouver un hibou, il pourrait écrire une lettre qui traverserait la frontière de l'Azérius…
Il s'installa derrière l'immense bureau en bois de rose et pris la plume d'une intense couleur violet entre ses doigts. Comment commencer… et à qui l'envoyer? Quelsques instants plus tard, Rosse plia le parchemin et le rangea soigneusement dans la poche intérieure de sa chemise. Il ouvrit la fenêtre du fond et jeta un coup d'œil : personne en vue.
Il se laissa tomber de la fenêtre (la chance, il était au premier) et s'éloigna subtilement. Le village était presque désert, c'était l'heure du repas. Rosse s'engouffra dans la petite bâtisse qu'était la Poste et se dirigea immédiatement vers une grande chouette d'un noir de jais. Il attacha soigneusement sa lettre à sa patte, envoya la chouette par la fenêtre, paya les quatre Phans (la monnaie en Azérius) à l'employé -un elfe trop grand, trop mince- et ressortit rapidement pour retourner à sa chambre. Il estima qu'il s'était écoulé seulement trente minutes depuis, alors il décida de faire un petit somme. Dès que sa tête se posa sur l'oreiller, il sombra dans un profond sommeil parsemé de rêves où il pouvait enfin tenir Aryan dans ses bras.
¤¤¤
Dilwen ouvrit les yeux. Elle venait de faire un horrible cauchemard, elle le savait, mais elle n'arrivait pas à se rappeler ce qui s'y passait.
Depuis deux semaines, elle vivait continuellement à l'École de Magie, dans le pensionnat juste à côté. Elle habitait la Collective du Feu et dormait dans un dortoir avec quatre autres filles de son âge du même élément qu'elle. Murtagh était dans la même situation, un étage en dessous, dans la Collective de la Terre. Ils avaient décidé de s'éloigner de leurs familles -et du monde extérieur- pendant un certaint laps de temps. Tous deux vivaient le deuil de Rosse d'une façon différente, mais tout aussi douloureuse. Ils s'étaient donc entendus, un soir, pour quitter leur maison respective dès le lendemain, et de venir s'installer dans leurs Collectives.
Dilwen quitta son lit sans bruit, de peur de réveiller ses consoeurs de dortoir. Elle quitta la pièce et même la Collective pour se retrouver dans un corridor sombre et silencieux. Elle prit un escalier qui la mena devant la porte de la Collective de la Terre. Elle l'ouvrit, faisant retentir un énorme grincement. Elle venait d'enfreindre deux règlements en moins de cinq minutes! A. Quitter sa Collective après vingt-deux heures. B. Pénétrer dans une autre Collective que la sienne sans la permission écrite d'un professeur ou un surveillant. Et bientôt, elle en transgresserait un autre en rejoignant Murtagh dans son lit à la recherche d'un peu de réconfort. C. Entrer dans un dortoir habité par des élèves de l'autre sexe.
Elle n'eut pas besoin de faire une troisème entorse au Code de l'Élève Magicien, car Murtagh n'était pas dans son dortoir. En fait, il était assis sur un des fauteuils de la Salle Collective. Il sursauta en voyant Dilwen entrer.
- Hé, tu pensais à quoi? Demanda-t'elle.
- À plein de choses en même temps, mais surtout à Aryan, la pauvre qui se marie vendredi, dès demain… tu iras à la cérémonie?
- Oui. Et toi?
- Je ne sais pas si je veux voir Leasson Ieyor voler la petite amie de Rosse. Aryan Ieyor. Ça sonne horrible, non? soupira Murtagh.
Dilwen ravala ses larmes. Elle rejoignit Murtagh sur l'énorme sofa coussiné et il la blottit instinctivement contre lui.
- C'est sûr qu'on aurait préféré qu'elle porte désormais le nom d'Aryan DeTyroma-Sîrfalas, mais même si Rosse était encore en vie, jamais nos parents auraient accepté. C'est à cause d'eux si Aryan et Rosse ont dû fugué, c'est parce qu'ils refusaient leur amour. Pourquoi? On ne le saura jamais.
Ils restèrent longtemps muets, le regard fixé sur le feu dans l'âtre, jusqu'à ce que Murtagh rompe le silence.
- T'as entendu ça?
- Quoi?
On percevait un petit clapotement. Ils finirent par le localiser, ça venait de la fenêtre. Ils ouvrirent le carreau pour laisser entrer la majestueuse chouette noire. Elle déposa une lettre pliée en quatre et repartit aussitôt, sans plus de façons, probablement vers l'oisellerie de l'école à la recherche d'un peu de repos.
Ni Murtagh ni Dilwen n'osa ouvrir le parchemin.
- De qui ça peut venir? Fit Dilwen.
- Aucune idée, c'est peut-être dangeureux.
Mais au fond d'eux, ils le devinaient, ou peut-être qu'ils espéraient trop? Ils n'en surent jamais rien, mais Murtagh rassembla son courage et déplia soigneusement la lettre.
Murtagh, si tu reçois cettre lettre, c'est un véritable miracle. Murtagh, je suis dans le pétrin, je suis en Azérius. C'est Nayra, une fée déchue qui m'a kidnappé à l'aide de Klauxe, son dragon. Ici, ils ont des dragons comme animaux de compagnie! Nayra est ma demi-sœur, et la demi-sœur d'Aryan. Ses parents sont ma mère et le père d'Aryan…
Et tu t'imagines, moi je couchais avec cette déchue! -Pas obligé de raconter ça à Aryan, hein-. En fait, je crois qu'elle m'ensorcele.. en ce moment, je suis loin d'elle, enfermé, et je ne l'aime pas, mais quand je l'ai sous les yeux.. c'est différent.
Enfin..
Je ne vous demande pas nécéssairement de courir à mon secours: les déchus sont d'une violence extrême. Non, essaie plutôt de me réécrire, et utilise une chouette noire, ici ça passera inaperçu.
Je t'en prie, dis à ma sœur que je l'aime et qu'elle me manque. Et dis à mes parents que je vais bien.
Et pour Aryan..
Que je lui souhaite une bonne vie. Je l'aime.
Merci énormément, cher ami. En espérant pouvoir te lire bientôt..
Amicalement,
Rosse.
Murtagh avait lu à voix haute, pour le bénéfice de Dilwen qui était éclatée en sanglots dès les premières lignes. Il leur fallut un bon moment pour s'en remettre. Ils ressentaient plusieurs émotions à la fois : c'était trop pour eux. La joie de savoir Rosse vivant, la nostalgie de lire ses mots, la peur pour lui, et finalement, l'espoir. Mais leur espérance fût de courte durée.
- On ne le reverra jamais, murmura Dilwen. Les gens ne reviennent jamais de l'Azérius, jamais.
Plus tard, beaucoup plus tard cette journée là, lors de leur cours d'Histoire de la Magie, ils conclurent un accord : Aryan ne devait pas être mise au courant de la lettre. En tout cas, pas tout de suite. Son mariage était gâché d'avance, pourquoi empirer les choses?
À suivre